L'amiral, le mail et la toile

De JFCM
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Textes en ligne

Le grand problème actuel - nous le voyons avec Occupy, les GJ, le blocage de Trump par les réseaux sociaux, etc. - est l'absence de portage des usages relationnels ordinaires dans l'espace numérique, alors que la gouvernance des choses communes est de plus en plus numérisée du fait de leur complexité. Il s'en suit une rupture dans la "conoèse" (le penser ensemble) en train de devenir "diktyologique" (penser en réseau) au lieu de locale ou hiérarchique. Notion émergente (la notion d'émergence étant elle-même émergente) de "glocalité" (l'extension mondiale virtuelle des autorités souveraines locales - lieux, entreprise, nebs [nébulaire des ressources numériques d'une personne physique ou morale]).

Un des éléments pratiques tout-bête de cette rupture est simplement le format des textes (word, pdf) alors que les échanges préalables et subséquents sont en txt. La "noèse" personnelle se situant entre les deux (tu lis un pdf, mais sans pouvoir le copier-coller pour l'annoter sur le support intermédiatif que tu vas utiliser pour ta "conoèse" du commenter à autrui - ce que permettaient l'oral et le papier). Pour pallier cela, il faut un format commun, un traitement inter-actif personne-machine et une notion dynamique de l'écrit numérique (le "perférent" de Cicéron, la mise à jour courante au moment du débat).

Je me suis rendu compte que la réponse plébiscitée est le wiki. Et de façon pratique le wikitext de Wikipédia (qui n'obéit à aucun standard). Et que donc que de façon opérationnelle tout échange de référence devrait être aussi en wikitext. Pour faciliter la "conoèse", déjà entre le lecteur et son clone cobotique (les outils IA de résumé, d'analyse, d'extraction, de synthèse, de comparaison commencent à proliférer dans le désordre, mais s'accordant sur le contenu en txt), mais utilisable, référable et mettable à jour lors/au fil des débats.

Capacitation numérique cybercitoyenne

La capacitation numérique de l'individu est donc mon souci premier depuis 1977. Donner à chacun l'autorité du "gubernetes" (pacha/barreur du paradigme platonicien, cf. infra) sur la passerelle du vaisseau de sa vie.

Comme tu le sais, j'ai rejoint le groupe Tymshare, inventeur du réseau public (Tymnet), du cloud, de l'augmentation individuelle et collective, etc. en 1978 où, jusqu'en 1986, j'ai co-déployé le service des datacoms des opérateurs internationaux publics. J'y ai introduit le concept de "services étendus" (la néguentropie au sein du réseau, en compensation à l'entropie de Carnot et de Shannon). C'était ma responsabilité mondiale en 1985.

Elle était politiquement et stratégiquement "touchy" puisque le sujet est :

  • fondamental dans le débat de la modernité en philosophie politique (souveraineté, peuple, multitude, Westphalie, ONU - Macchiavel, Bodin, Grotius, Spinoza, Hobbes, etc.),
  • provocateur d'une nouvelle vision "en réseau" de la régalité (centralisme hiérarchique déjà questionné par le holisme en entreprises). McDD, leader du militaro-industriel nous a racheté pour protéger sa clientèle (cf. Eisenhower's farewell address).
  • militairement questionnable puisqu’impliquant, à terme, une égalité Est-Ouest dans l'extension des contenus.

La "réserve indienne" du numérique

Je suis parti et l'internet, dont j'avais dû techniquement autoriser le raccordement au réseau mondial des opérateurs publics, a politiquement downgradé celui-ci à son niveau actuel, où la multitude est "corralée" dans les "réserves" des réseaux sociaux. Où elle s'énerve.

La problématique "peuple" (pro vobis) vs. "multitude" (pro multis) a été introduite par Macchiavel pour faire la différence entre les gens organisés par l'Etat et les sans-contrat-social avec une autorité souveraine.

Ceci se chevauche aujourd'hui dans la mesure où l'Etat est le représentant du peuple (qu'il organise) alors que la multitude acquiert la capacité de s'inter-organiser (attention : pas de s'auto-organiser, ce qui serait la guerre civile). Mais les Etats - de pensée ancienne et eux-mêmes incertains dans leurs propres mises en réseau - tendent à les exacerber par leurs propres manques de nomologies [jeux de règles, lois, etc.] de la "post-modernité" qu'ils ont tendance à laisser ou à contraindre au niveau des contrats/logiciels opérateurs [pour découvrir la problématique Trump - où j'ai plus l'impression que c'est lui qui pourrait astucieusement mener le jeu ... on verra le 20 janvier]).

La cyber-navalité

Nous vivons une époque "n-uplement" charnière, dans un contexte noétique instable. Il est donc nécessaire de recherche la paix intérieure des nations par un nouvel équilibre multitude/Etat/peuple "en réseau"). Ce besoin est aussi ancien que la République de Platon et son "paradigme" (il y a le mort, le vivant, le pacha). Jusqu'ici le "capax" (capacité à s'adapter à la situation et à ses propres adaptations) humain y est parvenu, mais avec des hystérésis de l'ordre du siècle.

La cybernité numérique est une mer digitale qui couvre 150 % de la planète si l'on compte sa nature "personne-machine". Où le marin a sans doute beaucoup à dire. Il convient de là de mêler l'expérience de pacha, d'amiral (escadre), de ministre (flotte) en admettant que chacun des humains est le patron de son e-barlu.

L'important est que dans le contexte de mathématiques des amas l'"en-réseau" ou des agoras de solutions autonomes (je parle de mathémagorique), chacun est un papillon attracteur de cyclone éventuel ("plus simple est la solution profonde, plus riche est l'émergence globale"). M'est avis que la conflexion (réflexion partagée) inter-65, à commencer par une recherche de solutions de pratiques obvies (et stables), puis une sagesse de septuagénaires expérimentés peut être d'utilité commune.

La pratique numériquement vicariée des séniors

Depuis 1986, les travaux que nous avions engagés en parallèle entre Doug Engelbart (augmentation humaine et collective par le numérique), Norman Hardy (cloud) et moi '(extension des capacités de vicariance des contenus échangés) se dont dispersés. Mais ont continué, chacun de son côté, tandis que d'autres nous complétaient et que l'architecture fonctionnelle qui nous était commune s'est étendue, mais ne s'est pas encore cristallisée.

L'idée émergente que j'en ai retirée est simple : un "neb" est le nébulaire sécurisé de mes ressources bionumérisées (ce qu'Aristote appelle l'entéléchie) glocales. Ces ressources forment une "tenségrité" (c.-à-d. une structure comme un dôme géodésique, ou les cytosquelettes des cellules) relationnelle. Selon la formule fondamentale de l'internet de l'ami Louis Pouzin, le catenet de l'internet est un réseau des réseaux, et ce qui est nécessaire pour le support d'internoèses est un "inter-neb" c'est-à-dire une capacité d'échanges véritablement pairs à pair de totale confiance. Ce que nous donne l'expérience bancaire des échanges par mail (le traitement du spam est résolu par l'accueil des seuls mails en provenance de la liste des membres [émetteurs/destinataires] et le chiffrement.

Lorsqu'on veut lancer une nouvelle solution d'envergure, il faut un marché demandeur. Je vise ceux :

  • du troisième âge : pour favoriser la mise en place d'une pratique de gestion (ensuite de bien commun toutes générations) de type "auto-mandat de protection future" (toute la gestion de sa personne administrative) intégrée sur serveur personnel. Liste de discussion proposée "ca-va@en65.fr" http://www.en65.fr/index.php/Ca-va@en65.fr.
  • de la recherche citoyenne "hors murs", selon la définition des académies des sciences du G7 (S7), qui les tiennent pour capables de progrès inaccessibles aux recherches universitaires, publiques et privées, selon une définition de leurs chercheurs qui recoupe le séniorat.

Je note que la résilience cyber-citoyenne face à l'IoT (internet des objets, domotique, etc.) privilégie des comptes-rendus et commandes de processus distants par messages, ce qui ne peut qu'être favorable à cette approche. De même l'approche européenne encours pose des questions pertinentes (et propose des réponses qui le sont moins) aux opérateurs de réseaux sociaux (qui influencent sans doute fortement les attitudes "quant à Trump" que celui-ci et ses aides ne devaient pas ignorer).

Technosophie/Diktyosophie

Ceci correspond plus à des questions de Pépite. Einstein pensait qu'il nous fallait une forme de pensée nouvelle pour virer la bouée du siècle. En fait, celle-ci semble résulter des travaux de Poincaré (donc Léon XIII, Plank, Einstein, Goedel,Turing, Pouzin et notre équipe Tymshare). Depuis le début de la philosophie (c'est à dire les questions humaines dans un contexte d'intérêt amical commun - Philia) y sont traitées dans un contexte de logique dialectique linéaire prémisse, développement, conclusion et de catégorisation hiérarchique (Platon [saint Augustin], Aristote [Saint Thomas] et la suite [Occam, son rasoir et la pensée moderne]. Poincaré (1889) montre la limite intellectuelle (complexité lorsque, n étant le nombre de choses/personnes en jeu, n > 2), Plank (1900) réintroduit Démocrite et le quantique, Einstein (1905) confirme, mais démontre la relativité de Copernic. Pour s'en sortir, Leon XIII avait répondu à Poincaré par la subsidiarité (1891) et Rerum Novarum (les choses nouvelles). Goëdel (1930) complète le chaos par son théorème d'incomplétude des maths.

La Philia peu à peu s'étend par la diktyo/techne (diktyos : maillage, réseau), technologie du réseau nécessaire (avec ses propres questions) à la sociétalité humaine (cf. Trump/Twitter). Elle n'est plus fondée sur l'amitié homme/homme ou (femmes), mais sur les possibilités et contraintes de technologie relationnelle entre hommes, femmes et machines.ou la machine a un rôle intermédiateur complexe. La philosophie se double de la Technosophie et la complexité de la diktyologie. L'univers entropique (qui s'use) attrape la néguentropie (il s'améliore).

A ceci s'ajoute que ce que le réseau, le cloud et les services étendus (intégrés au réseau pour ajouter de la valeur croisée aux contenus) fait passer en contexte "agorique" (comme Socrate qui interrogeait tour le monde). Non plus une logique du tiers exclu et du "toutes choses égales par ailleurs", mais une agorique du tout tiers considéré et du "tout est lié".

Tout cela a des implications philosophiques, religieuses (ma recherche est sur la théologie des machines), et donc sociologiques, politiques, économiques, de défense, stratégiques, etc.

Agorique

A ceci s'ajoute que ce que le réseau, le cloud et les services étendus (intégrés au réseau pour ajouter de la valeur croisée aux contenus) fait passer en contexte "agorique" (comme Socrate qui interrogeait tour le monde). Non plus une logique du tiers exclu, mais une agorique du tout tiers considéré.

C'est en ce sens où je parle d'une "mathémagorique" où non seulement nous sommes à n dimensions, dans un monde de matrices et de treillis, mais qui n'est plus uniquement numériques et physiques (data), mais aussi sensible et ressenti (qualia) et de savoirs (sapia) personnels et commun, noème de la noèse (pensée) que nous devons partager avec nos clones artificiels. Là, mon approche est de me rabattre sur le "principe de simplicité profonde" (ou de simplexité = simplicité complexe) - plus les prémisses profondes sont simples, plus l'émergence est puissante.

Et donc pour obtenir une modélisation la plus générale possible, tenter de réduire à une architectonique fonctionnelle première des plus simples. Je la recherche sous le nom d'ALFA (architectonie libre/free architectonie) avec le but de voir comment la simuler et ainsi pouvoir expérimenter la validation progressive de ses démarches.

USS Santa-Fe

Je crois que beaucoup a été dit sur la modernité navale de la société et des entreprises actuelles par David Market dans http://novattitude.com/david-marquet-sous-marin-nucleaire-en-mode-3-0/ "Turn Your Ship Around !"


Tout cela a des implications philosophiques, religieuses (ma recherche est sur la théologie des machines), et donc sociologiques, politiques, économiques, de défense, stratégiques, etc.

Bien amicalement,

jfcm

PS. une agorèse est donc une tentative de somme agorique.