Radotage personnel

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<Olivier Houdé>

Saint Thomas d’Aquin, pour sa part, invente la vicariance d’accès à la vérité, soit par la raison et la science (comme Aristote), soit par la foi. Quant à Roger Bacon, ce qu’il combat chez Thomas d’Aquin et les thomistes est l’excès des « raisonneurs », moines dont l’esprit pouvait tourner à vide et les conduire à l’erreur. C’est la raison pour laquelle il préconise, en bon franciscain, d’en revenir à la seule vérité de l’expérimentation concrète dans le monde. Guillaume d’Occam, enfin, renforce ce combat pour la vérité avec son fameux rasoir cognitif qui vise à se débarrasser de tous les concepts confus, voire erronés, issus du raisonnement à vide.

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Il est intéressant de remarquer ici :

  • que Platon et Aristote, maître et élève à l’École d’Athènes (l’Académie), ont conçu leur psychologie de la vérité (pour l’un la dialectique, pour l’autre la logique) contre les erreurs de leurs contemporains, les sophistes et les hommes politiques de la Grèce antique ;
  • que Saint Thomas d’Aquin, pour sa part, invente la vicariance d’accès à la vérité, soit par la raison et la science (comme Aristote), soit par la foi ;
  • que Bacon et Occam, semblablement maître et élève à Oxford mille cinq cents ans plus tard, ont conçu leur psychologie de la vérité (expérimentation et « rasoir d’Occam ») contre les erreurs de leurs contemporains, les thomistes de l’Europe médiévale. Pour la vérité et contre les erreurs humaines, c’est un même combat psychologique.
Mais le paradoxe est que Bacon et Occam combattaient l’usage excessif de la logique d’Aristote, laquelle leur semblait source d’erreurs. Or, celle-ci avait été conçue précisément pour les éviter ! Sans doute est-ce l’omniprésence de Dieu dans les débats (et l’audace de la synthèse entre foi et science de Thomas d’Aquin) qui a jeté le trouble dans les esprits du Moyen Âge, au point de douter des vertus du raisonnement et de la logique scientifique.
  • La Renaissance n’en doutera plus (disons de moins en moins), elle qui va favoriser d’une part le retour à l’Antiquité et, d’autre part, l’émergence des Lumières et de l’esprit scientifique moderne. La psychologie va continuer de s’y façonner, dans les Essais de Montaigne , philosophe et moraliste, certes, mais aussi psychologue et pédagogue. C’est saint Augustin qui nous avait subrepticement introduits au Moyen Âge par son intense foi chrétienne. C’est à présent Montaigne qui va nous ouvrir grand les portes de la Renaissance par son intense humanisme.

</Olivier Houdé>